Tea Time
| 6-10 Octobre: DarjeEling |
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Atteindre Darjeeling n'est pas une mince affaire en terme de temps: 1 heure d'autorickshaw (la gare étant à 18 km de Varanasi), 5 heures d'attente pour un train qui n'arrive pas, 15 heures de voyage dans un compartiment où la promiscuité avec un ronfleur indien n'est pas de mise, 4h30 de trajet dans le coffre d'une jeep chargée de 12 personnes, 1/2 heure de marche avec nos sacs (qui sont de plus en plus lourds) dans une ville tout en escalier pour atteindre la guesthouse, bref Darjeeling se mérite!

Mais le charme de la ville prend vite le dessus de ces préoccupations pratiques.

Située à plus de 2100 mètres d'altitude, Darjeeling vient du tibetain Darjee-Ling "lieu où la foudre est tombée". A quelques kilomètres du Népal, du Tibet et du Bouthan, nous ne sommes déjà presque plus en Inde... tout est si différent. La température d'abord! Les 15° ambiants nous font vite ressortir les pullovers. Les gens ensuite. Népalais, Tibétains et autres migrants forment un doux melting-pot visible sur leurs visages et leur manière de vivre. Tout est si propre aussi! On peut enfin admirer le paysage sans craindre une quelconque bouse de vache ou autres détritus! De plus, il fait bon vivre à Darjeeling dans le calme. Ici pas de klaxon car les rues du centre ville sont inaccessibles aux véhicules. Accrochée à flan de montagne, la cité est constituée d'immenses escaliers permettant de passer d'un quartier à l'autre. Depuis le point le plus haut, c'est à dire sur la terrasse de notre guesthouse, la vue se perd vers l'Himalaya. Le mont Kangchenjunga, 3ème plus haut sommet du monde culminant à 8598m est là quelque part derrière ce rideau de brume qui ne veut malheureusement pas se dissiper depuis 3 jours. Par contre, aucun problème pour admirer les centaines d'hectares de plantations de thé.

Eh oui, Darjeeling sans le thé n'est plus vraiment Darjeeling. La moindre parcelle de terre est couverte de ces petits arbustes qui donnent ce fameux nectar de qualité très diverse. Pour nous c'est l'occasion de belles balades sur les petits sentiers serpentant dans les plantations.

L'opportunité aussi de glâner quelques informations sur la culture du thé. Un plant de thé est productif au bout de quatorze ans et le reste pendant plus d'une centaine d'années. Seules les jeunes pousses sont récoltées. Dans les plantations, sur les pentes abruptes, les femmes, le dos courbé sous de lourds paniers, répètent inlassablement le geste précis de la cueillette.

Il y a trois récoltes par an, la première en avril et les suivantes tous les 3 mois. Dans la fabrique, les feuilles subissent de nombreux traitements de séchage, de tri à la machine, à nouveau de séchage.

Les meilleures qualités sont finalement triées à la main et nettoyées de toutes les impuretés. Le top du top est appelé "First Flush SFTGFOP1" c'est à dire First Flush Super Fine Tipi Golden Flowerly Orange Pekoe Number 1... à l'époque les anglais n'avaient pas trouvé plus simple...

Mais pour faire le thé il faut évidemment de l'eau...une denrée rare à Darjeeling. La recherche d'eau est donc une des occupations des habitants qui se promènent nombreux un bidon à la main.

Les femmes se retrouvent autour de petites fontaines ou de simples tuyaux sortis du sol pour s'approvisionner. Les porteurs d'eau convoient sur de lourdes charrettes le précieux liquide et le distribuent dans les allées des marchés dépourvus de tout système de distribution fixe. C'est au marché que nous retrouvons les détaillants de thé où toutes sortes de variétés sont vendues. Du moins cher, "le chai" celui que boivent les indiens chaque jour avec du lait et du sucre jusqu'au plus onéreux principalement destiné à l'exportation. C'est ici que les prix sont les moins élevés, bien moins coûteux que dans les dizaines de boutiques touristiques qui fleurissent au centre ville.


Ce grand marché, situé en contrebas de la ville, est un des mieux fournis en fruits et légumes que nous ayons vu jusqu'alors en Inde. Carottes, pommes de terre, courges, haricots, céleris, choux, tomates... les jardins d'altitude sont productifs!

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Une multitude de poissonniers vendent des espèces provenant des rivières himalayennes. Une immense hall, abritée du soleil, regroupe des dizaines de bouchers... une aubaine alors que nous n'avons plus vu de viande depuis bientôt un mois. Les bouchers cotoyent les vendeurs de poulets non loin de là. Ca caquette de tous côtés! |


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Et c'est encore au marché que nous goûtons aux friandises de la région. Des petits carrés de fromage à base de lait de yack, durs comme la pierre, qu'il faut laisser imprégner de salive pour retrouver le goût si caractéristique de l'animal... avis aux amateurs de saveurs fortes... Nous avons préféré les "Kalimpong Chocolate"... pas très chocolatés tout de même... |
Darjeeling est un lieu de villégiature pour les indiens fortunés et les prix dans les restaurants s'en ressentent. La qualité des mets n'est d'ailleurs plus au rendez-vous. Nous nous tournons donc vers de petites gargottes tenues par des expatriés tibétains, qui ne parlent bien souvent pas l'indhi. Nous découvrons une cuisine succulente composée d'une variété infinie de soupes, beignets (les momos) et nouilles sautées. C'est dans la taverne Kunga que nous nous réchauffons chaque soir devant un énorme Gyathuk, bol de soupe de poulet ou de légumes dans lequel nagent de merveilleuses nouilles faites maison.

L'influence tibétaine n'est pas uniquement gastronomique elle est aussi religieuse. Des dizaines de gompas fleurissent autour de la ville. Ces monastères tibétains enseignent le bouddhisme à une population bigarrée tant indienne, tibetaine, népalaise, bouthanaise qu'internationale. Dans les rues, les moines et leurs maîtres déambulent en petits groupes et nous indiquent le chemin de leur lieu de vie et de recueillement.

| C'est, par hasard, au Sandrub Dargye Choling Gompa, que nous rencontrons Frédéric. Ce réunionnais a choisi de laisser sa carrière de professeur de français freelance au Sri Lanka pour adopter la robe. Depuis plus d'un mois, Fred, de son nouveau nom bouddhiste Ananda Bodhi, suit les enseignements de son maître. Il nous fait visiter ce coin tranquille à l'écart du centre ville. Depuis la salle de prière au rez de chaussée, les bruits des gongs, des cornes et autres instruments à vent, montent jusqu'à nous. Les moines célèbrent un Puja. Durant cette cérémonie, la musique doit attirer l'attention des dieux afin de leur faire des offrandes. Le moment passé en compagnie de Fred pour essayer de comprendre certains aspects de la pensée bouddiste fut très instructif. |
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| Nous finissons l'après-midi dans le jardin botanique de Darjeeling . On y trouve toutes sortes de plantes aromatiques, d'herbes médicinales mais aussi un certain exotisme européen avec un exemplaire d'un fameux platane. |
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Ce matin, surprise en allant étendre les serviettes sur le toit de la guesthouse. Il est là, majestueux, comme un îlot survolant les nuages. Le mont Kangchenjunga daigne enfin montrer le bout de son nez. Spectacle grandiose au lever du soleil. La journée commence bien!

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A pied, nous regagnons la gare de Darjeeling pour une petite balade historique à bord du Toy Train. Ce vieux train à vapeur, mis en service en 1880, relie Darjeeling à Siliguri sur 88 km. Nous nous sommes contentés, vu sa lenteur, de nous rendre à Ghum, la plus haute gare du monde pour trains à vapeur (2222m). Le convoi longe à une vitesse de tortue la route et ne cesse, dans un bruit assourdissant de sifflet, de couper la circulation au traffic automobile. La fumée noire envahit les wagons et nous nous retrouvons rapidement recouvert d'une fine couche de charbon. |

La pente est raide et la vieille loco, mal entretenue, peine à atteindre la prochaine station pour s'approvisionner en eau. Le Toy Train a été inscrit en 1999 au patrimoine mondial de l'UNECO... mais ces pauvres locomotives branlantes semblent bien vivre leurs dernières heures... dommage car cette excursion dans le passé est autant agréable à vivre que symbolique.

Faute de temps nous ne pouvons poursuivre jusqu'au Sikkim tout proche... ce sera pour une autre fois. Ces quelques jours à Darjeeling nous ont permis de nous ressourcer au grand air avant le grand saut vers la plus grande ville de l'Inde Calcutta que nous regagnerons par avion mardi. Mais d'ici là, il faut rejoindre la vallée et quelques longues heures de jeep lundi devront certainement nous faire apprécier le confort d'un avion.
A bientôt,
Géraldine et Yann