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| Bolivie - carnet 7 |
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Avons- nous rêvé? Aurions-nous pu seulement imaginer vivre dix jours de guerre civile à La Paz? Eh bien NON!
A vrai dire, au-delà du fait que nos nouvelles ont été des plus
restrictives ces quatre jours derniers (vous comprendrez sûrement au
fur-et-à-mesure de notre récit...), cette semaine fût des plus
particulières dans notre voyage en Bolivie. Du coup on va se rattraper
dans l’écriture...accrochez- vous et bonne lecture!
...Entre parenthèses, prisonniers d’un conflit social des plus violents
qui a fait 74 morts et 400 blessés (chiffres officiels, la verité
restera cachée...), nous avons encore du mal à réaliser ce que nous
venons de vivre.
Dans notre dernière „lettre", nous faisions état de cette situation
mais nous avions omis de vous raconter comment et de quelle manière la
vie s’est organisée. Pour commencer par une journée „ordinaire",
coincés entre les blocus, grèves, et manifestations, La Paz à
réellement changé de visage (et ce depuis samedi dernier). Plus
d’essence donc plus de véhicule. D’ordinaire chaotique et bruyante, la
capitale est devenue silencieuse. Plus d’approvisionnement en gaz et
nourriture donc des denrées alimentaires de plus en plus difficiles à
trouver (pas de pain, quelques fruits,des pâtes...).
La Paz s’est muée en marché noir. Une ville en état de siège qui
s’éveille le matin avec quelques étals ouverts jusqu’à 10h00, des gens
pressés de s’approvisionner en biscuits et boîtes de thon vendus dans
la rue...Bref, une atmosphère particulière! (il ne manquait que les tickets de rationnement). |  | Soudain,
les premiers manifestants (campesinos= paysans venus de l’Alto)
commençent à descendre les rues et se rassembler sur la place San
Fransisco, scandant des slogans anti-gouvernementaux du genre : „A mort
Goni!"(surnom donné au président démissionnaire Gonzalo Sanchez de
Lozada), „Goni assassin!",... Ainsi, depuis plusieurs jours, la ville,
assiegée par des milliers de personnes, ressemble à un champ de
bataille.
Les rues pavées (demontées pour ériger des
barricades), poubelles éparpillées et fumantes au petit matin, vitres
brisées, bâtiments (pour la plupart officiels) brulés,...Un spectacle
déroutant et désolant! Que faisions-nous alors de nos
journées?...L’Ambassade de France (ceci dit relativement sympathique!)
nous appelle pour rescencer les noms des derniers francais présents à
La Paz et nous demande gentiment de rester à l’interieur de la
guesthouse... Primo (question basique), comment faisons-nous pour
manger? Vendredi, elle nous rappelle pour rejoindre d’urgence le
gymnase du collège franco-bolivien, gardé par les forces spéciales...
histoire de nous mettre en sécurité (rations militaires prévues au
passage!).
| D’accord...Mais comment se rendre la-bas sachant que
l’ambassade se trouve tout au sud de la ville, chez les riches (à 3200
metres)...comment faisons-nous avec plus d’1 heure à pied, avec nos
sacs, chargés comme des lamas, et les rues ponctuées d’affrontements
violents entre manifestants et militaires?... Bref, de toute facon, on
ne souhaitait pas bouger! Si si ! En plein coeur du conflit, nous
avions envie d’y participer (à notre manière!). C’est donc avec nos
armes (appareils photos, camera, et langues pour s’exprimer...) que
nous sommes descendus dans les rues et les places, au beau milieu de la
foule! Une population animée mais ravie de nous accueillir pour être
filmée et prête à répondre à toutes nos questions..."Merci de dire à
l’Europe ce qu’il se passe" (du moment que vous n’êtes ni chilien ni
americain, tout va bien!). Bon, d’accord, pas très équipés pour les gaz
lacrymogènes qui débouchent le nez sans problème, on a tout de même
réussi à se faire embauchés par quelques journaux en France et au
Luxembourg pour envoyer nos temoignages (Liberation, le Republicain
Lorrain, La Voix). La presse européenne ne pouvant se rendre sur place
(aéroport fermé, barrages routiers,...). Finalement, le
tournage-découverte de la Bolivie étant en stand-by, cela nous a permis
de faire autre chose qu’attendre, attendre, et preparer des plans pour
sortir de La Paz... |  | Côté logistique, nous occupions nos soirées (entre deux articles) en
compagnie d’autres ressortissants étrangers (americains, anglais,
norvegiens et belges une fois!) pour mettre nos ressources alimentaires
en commun et faire de nos dîners, „un véritable festin"!
| Les boîtes de
thon à la mayonnaise, les pâtes et les biscuits secs devenaient soudain
succulents. Entre deux cervezas (bière locale qui sent le poulet!),
nous échangions nos points de vue sur la situation et esperions chaque
jour, entre deux blagues, la fin du conflit.
Bref, pas toujours évident
d’être patient mais cette experience, unique en son genre (en tout les
cas...pour nous!), nous a permis de gouter à la sociabilite de chacun.
Ca rapproche! |  |
Côté anecdote, de sortie pour dejeuner, nous étions à
côté d’un couple où l’homme portait un uniforme policier. D’un coup, le
patron nous enferme. Les campesinos passent et décident de s’arrêter
dans cette rue. Le petit problème pour le monsieur policier, c’est son
uniforme! Pas très bien vu de faire partie de la police et de l’armée
vu le nombre de personnes assassinées ces derniers jours...Il voudrait
pourtant bien sortir! Nous assistons donc à une transformation....le
policier échange ses vêtements avec le patron! Pas vraiment du meme
gabarit...un vrai sketch! Le même jour, nous sortons de cette cantine
entourée de gens nous helant : „americains, rentre chez toi!"

...arrivés à la guesthouse, nous voila pris au piège. Le gardien
referme précipitamment la porte de l’hotel. Dans la rue, un
affrontement a lieu entre forces de l’ordre et gens de l’Alto. La
maison est enfumée de gaz lacrymogènes, ça tire dans tous les coins.
Obligés de quitter les chambres devenues irrespirables (ça brûle le
visage, la gorge, et ça débouche toujours autant!), nous nous réfugions
sur le toît. (Geraldine a tout de meme fait l’aller-retour pour
chercher de quoi filmer cette sequence. Elle s’en souvient! C’est à
moitié inconsciente qu’elle rapporte batteries et cassettes...). Là,
tous présents pour assister au violent combat, nous nous demandons,
malgré la splendide vue sur la cordillère des Andes et l’Alto, si cela
va durer longtemps. Il fait un peu frais pour coucher dehors!... ça
pète dans tous les coins, bombes lacrymos, cocktails molotov, batons de
dynamite... un vrai feu d’artifice... les vitres volent en éclats.
C’est finalement les forces armées qui auront le dessus bien qu’ils
aient été dans une position de tir des plus pentues (exemple : Un
policier tire sa lacrymo et se la renvoie...imaginez la scene!). Sur
cette fin de journée chargée d’emotions, tous les gringos (c’est nous,
les petits blancs!) vont se faire la „popote" et prendre l’apéro! Y a
pas de mal a se faire plaisir!!!
Voilà donc pour ces quelques anectdotes...
Les jours se suivent...et se ressemblent! Toujours autant de militaires
armés à chaque coin de rue, toujours autant de boliviens plein de
colère et prets à faire la guerre civile si Lozada ne démissione pas.
La journée de vendredi fût des plus tendues, les militaires défilent de
plus en plus nombreux (on aurait cru un 14 juillet sur les Champs –
Elysées!) Dans l’avenue qui jouxte notre hotel, des centaines de
militaires à pied, en voiture et en camion excortent 2 bus de touristes
precipitamment évacués en avion militaire... encore des pistonnés!
Toute une garnison stationne devant chez nous, le trottoir est encombré
de munitions...
Vers 16h, une session extraordinaire du Congrès doit
decider de la suite à donner aux évènements. Si Goni reste, c’est la
guerre. S’il part, c’est la fête... ou plutot les vacances pour nous!
Les TV arrêtent leurs programmes. Toute notre petite bande se regroupe
dans le salon du proprietaire de l’hôtel pour assister à cette décision
historique pour les boliviens.... et primordiale pour la suite de notre
voyage! Comme la ponctualite bolivienne n’est pas des plus exactes, il
nous faut attendre 21h09 (très précisement!) pour apprendre que Goni
s’est enfui aux Etats Unis avec l’aide de l’armée péruvienne...
Hurrrraaaa!
Toute la ville explose de joie, des feux d’artifices
embrasent le ciel de la capitale. La Paz s’illumine tel un sapin de
Noel. La guerre est finie! Nous allons enfin pouvoir partir! Après un
véritable festin pour fêter ce moment inoubliable, notre petite
communauté internationale decide de se mêler à la foule des boliviens
dans le centre ville. La situation est insolite. Les boliviens nous
applaudissent et nous remercient... pourquoi? Nous ne le saurons
jamais! Ils nous offrent même à manger! Manson, notre collègue
americain, se fait prendre en photo avec les forces speciales...qui
prennent la pose. Les sourires sont revenus sur toutes les levres...
boliviennes mais aussi les nôtres... et c’est, soulagés, que nous nous
endormons. |  |
Samedi matin, la vie dans la capitale a repris son cours...comme si de
rien n’etait. Enfin presque. La Paz doit à présent panser ses plaies.
Mais déjà les services d’hygiènes ramassent les poubelles qui empestent
la ville depuis 10 jours, les services des ponts et chaussées démontent
les barricades et commencent la reparation de routes. Et surtout, la
circulation reprend comme avant. Bruyante, cahotique et polluante. Un
vrai bonheur de retrouver ce brouhaha incessant...
Dans l’apres-midi
nous montons dans l’Alto, à la rencontre du père Francois Donnat (suite
à une commande d’article de Liberation). Lyonnais d’origine, il a
quitté la France il y a 20 ans pour venir en aide aux pauvres de
l’Alto. Il a activement pris part au conflit de cette semaine en
organisant des piquets de grève de la faim. Et c’est au milieu de
l’Alto, encore marqué par de violents combats, que Père Donnat nous
raconte sa version du conflit. Le rendez vous est pris le lendemain
pour partir à la rencontre du peuple de l’Alto en compagnie d’un
journaliste de radio Pachamama... encore une perspective d’echanges et
de rencontres inoubliables!... |  | Voilà, vous comprendrez certainement
pourquoi vous n’avez pas reçu davantage de nouvelles mais la situation
ne nous l’a pas permis... et les cybercafes, pas toujours ouverts ou
accessibles au milieu des tirs de l’armée. Ca y est! C'est enfin fini!
Nous vous donnons rendez-vous dans quelques jours, (merci de votre
fidelité) pour des aventures moins militaires... certes! Plus
touristiques...très certainement! Mais tout aussi intéressantes... pour
sûr!
Hasta Luego!
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Street fights in the middle of La Paz
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Blockades in the city center |

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